La déveine

Il faisait froid ce jour là. Martin avait enroulé son écharpe bleu marine jusqu’aux oreilles, son bonnet de la même couleur que son écharpe lui couvrait le front, ce qui fait qu’on ne voyait guère plus qu’un petit bout de son visage…

Je commence tout, je ne termine rien.

Avant je croyais que c’était Catherine qui avait la poisse, qui portait la poisse. Mais maintenant je me demande si ce n'est pas moi.

C’est vrai, je me rappelle ce jour, dans le TGV. C’était, je crois, en revenant de vacances. Il faisait chaud, très chaud ; on était en été. Il y avait maman, toujours à se plaindre. Elle a toujours un "pet de travers". Maintenant quand elle a un "pet de travers", c’est normal, elle a atteint le troisième âge et peut être même le quatrième, parce que moi, aujourd’hui, j’ai sûrement atteint le troisième, vu que j’ai cinquante passés. Mais ce jour là, il y avait de quoi se lamenter sur notre sort car il faisait chaud dans ce foutu TGV.

Bien évidemment dans les TGV il y a la "clim" ! Et bien pour nous, inévitablement, elle ne fonctionnait pas.

Le soleil tapait fort à travers les vitres. Catherine voulait tirer les rideaux mais nous, on ne voulait pas. Il faisait beau ! Et puis on voulait admirer le paysage ! Bref, on étouffait et bien sûr pas de contrôleur à l’horizon ! On voulait le voir, pour une fois, le contrôleur, mais il se cachait !

Je me souviens, il y avait aussi Maxime qui a seulement une dizaine d’années de moins que Catherine et c’est pour cela qu’il ne la respecte pas vraiment. Qu’il lui parle plutôt mal et que parfois ça fait des étincelles. Ce jour là il s’en donnait à cœur joie.

Et puis, un TGV, c’est grand. Il y a beaucoup de voitures. Au moins une dizaine ou même une quinzaine puisque à chaque fois que je voyage en train, j’ai souvent le même wagon, presque toujours à la même place.Je dois toujours faire des kilomètres avec mes valises pleines à craquer pour atteindre la voiture qui m’est destinée. C’est bizarre ça ! d’avoir presque toujours la même voiture ; la voiture numéro cinq, fumeur bien évidemment puisque je fume comme un pompier.

Donc tu sais, comme je l’ai déjà dit, on étouffait dans notre wagon. Mais comme on avait réservé nos places parce que c’est obligatoire dans les TGV et bien on restait là ; on n'a même pas osé changer de voiture. Pourtant il faisait bon dans les autres voitures. Et bien non, on a préféré se disputer parce qu’on était sur les nerfs. Et puis, quand enfin le contrôleur est passé, on lui a dit :

- Monsieur, on étouffe. La "clim" ne marche pas. Est-ce qu’on peut ouvrir les fenêtres ?

- Mais non, qu’il nous a répondu. Les fenêtres ne s’ouvrent pas. Il y a juste un petit vasistas mais il faut une clé spéciale pour l'ouvrir.

Alors il est parti chercher la clé. Comme de juste, on ne l’a pas revu.

Enfin c’est pour te dire, je crois que c’est moi qui a la poisse parce que, c’est comme ce jour, c’était encore en été et cette fois je me rappelle très exactement quel jour.

C’était au mois de septembre. Il faisait un temps super beau pour un mois de septembre. C’était un week-end ou plus précisément un dimanche. On était à la campagne. Et oui, comme presque tous les Parisiens on avait acheté une bicoque à la campagne et on y allait toutes les fins de semaine. Il y avait souvent Maman avec Papy, mon beau-père. Un type super sympa, qui dit toujours comme Maman histoire d’avoir la paix.

Donc ce week-end, il y avait des affiches partout dans la ville. Sur ces affiches on pouvait lire: "Baptême de l’air".

C’est super qu’on s’est dit. On va y aller.

Alors on y est allé. On a fait la queue. On se pressait contre la barrière et on regardait les gens embarquer par trois, par quatre ou par six dans les "coucous" qui faisaient le tour du patelin puis qui revenaient se poser sur la petite piste de l'aérogare.

Ce jour là, j’avais une drôle d’impression ; comme un pressentiment.

On avait décidé que Marine monterait dans l’avion puisque c’était pour elle, plus particulièrement, qu’on était venu. Moi je ne voulais pas monter, rapport à ma drôle d’impression. J’aurais voulu que Marine n’y aille pas. Mais c’est vrai ! On était ici surtout pour elle ! Je me souviens, j’essayais de me raisonner, de me dire que tout était normal, qu’il faisait beau et que de toute façon rien ne pouvait arriver.

C’était donc par quatre qu’on pouvait embarquer. Alors Catherine voulait faire un tour, bien qu’elle ait déjà eu son baptême de l’air depuis longtemps. Ainsi c’était décidé ! Marine, son père et Catherine monteraient dans l’avion.

Ils attendaient leur tour, avec impatience, il faisait très beau, il n’y avait pas un nuage, le ciel était d’un bleu limpide, tout était paisible, rien ne pouvait arriver.

Is sont montés dans l’avion, avec d’autres personnes, puisque qu’il n’était pas complet. Nous, on est resté collé aux barrières. On attendait qu’ils reviennent, qu’ils descendent de l’avion avec des mines réjouies, plein de bonheur dans les yeux.

Mais on a attendu. On a attendu je ne sais plus combien de temps. Aussi je me souviens que je comptais et recomptais dans ma tête le temps approximatif que les autres avaient mis pour faire le tour.

Et puis il y avait Maman, Papy, qui ne disaient plus rien, qui commençaient à s’inquiéter.

Je l’ai vu le camion de la croix rouge, puis le camion des pompiers qui sont passés silencieusement.

On a encore attendu, alors on a demandé.

- Pourquoi c’est si long ?

Mais c’était dimanche, le ciel était bleu et rien ne pouvait arriver.

Je l'ai rejoins à l'hôpital. Elle avait juste des contusions et des énormes hématomes...