La Corse, j’aimerais y retourner. Je n’y suis allée qu’une seule fois. J’avais alors 15 ans, c’était au mois d’août, c’était les vacances.

La rade de Bastia

Bastia, c’est ici que Maman est née . Nous y avions de la famille.  Alors nous sommes partis en voiture et nous avons pris le bateau.

Je me souviens que faute de moyen, Maman n’avait pas réservé de place pour ma Sœur et moi. Nous voyagerons donc sur le pont. Elle nous avait demandé auparavant si nous étions d’accord, mais pour rien au monde nous n’aurions voulu échanger nos places sur le pont.

Il flottait un air de liberté. Assise par terre, je rêvais que j’étais une beatnik[1] , d’ailleurs je m’étais habillée en conséquence et j’avais emporté ma guitare afin de faire croire que j’en étais une.

Port bastia

Ce furent de bonnes vacances.

Nous avions le droit de sortir le soir. Nous allions toujours au même endroit.

Je ne me souviens pas si c’était vraiment une boîte de nuit parce que toutes les personnes qui étaient là ne dépassaient pas l’âge de dix neuf - vingt ans.  

L’entrée était gratuite. Etait-elle gratuite pour les garçons ? A vrai dire, comme je ne payais jamais, je ne m’en suis pas préoccupée.

Ma sœur et moi n’avions pas le droit de commander des boissons alcoolisées car nous étions mineures et cela se voyait. Par contre, les boissons à l’eau dans laquelle on mettait du sirop, étaient gratuites et à volonté. Je buvais des menthes à l’eau à tire-larigot.

Je collectionnais les conquêtes. Evidemment ce n’étaient que des flirts. Un nouveau garçon chaque soir, cela ne prêtait pas à conséquence. Un soir j’ai même compté mes conquêtes et j’étais arrivée à quatre ou cinq. Une danse, en gé

néral c’était un slow, un petit bisou et hop au suivant. 

Mais un soir, sans doute lassée de mon petit jeu, j’ai jeté mon dévolu sur un garçon et nous ne nous sommes plus quittés jusqu’à mon départ. J’étais romantique et j’étais sûre d’être amoureuse. Nous nous faisions des promesses, nous rêvions d’avenir à deux…

 En rentrant à Paris, j’étais nostalgique mais en réalité, il ne m’a fallu pas très longtemps pour me rendre compte que nous n’étions que des enfants avec des rêves d’enfants.

Depuis je n’ai jamais eu l’occasion d’y retourner.


[1]  Adepte d'un modèle qui refuse la société bourgeoise de consommation dans les années 60 et 70.

Synonyme : hippie

Traduction anglais : beatnik